Changer n’est généralement pas un processus qui se fait du jour au lendemain. Avant qu’une personne ne modifie un comportement ou une situation, elle peut passer par différents moments : ne pas considérer qu’il y ait quelque chose à changer, commencer à y penser, prendre une décision, mettre en œuvre des changements concrets et, enfin, parvenir à les maintenir dans le temps. Ce parcours correspond à ce que l’on appelle les stades ou étapes du changement. Ces derniers mois, le Département d’évaluation et de gestion des connaissances de FSC a analysé différents outils permettant d’évaluer les étapes et la disposition au changement, afin d’identifier des solutions qui permettent de recueillir des informations pertinentes de manière plus agile et plus efficace.
Ce concept vient du modèle transthéorique de Prochaska et DiClemente (1983, 1984), élaboré initialement à partir de l’étude des processus de changement de comportement, puis appliqué à différents domaines. Son principal apport est de montrer que les personnes peuvent se trouver dans des positions différentes face à un même objectif de changement, et que ces positions peuvent évoluer dans le temps. Tout le monde ne part pas du même point ni ne peut progresser de la même manière : on peut avancer, rencontrer des difficultés, reculer, puis avancer à nouveau.
Cette idée est particulièrement importante dans le champ de l’intervention sociale et médico-sociale. Une personne peut être prête à changer dans un domaine de sa vie tout en n’envisageant pas encore de le faire dans un autre. Elle peut songer à modifier un comportement sans avoir pris de décision, avoir décidé de le faire sans disposer encore d’un plan ou, tout simplement, avoir amorcé des changements qui doivent encore se consolider. C’est pourquoi savoir à quel moment du processus se trouve une personne peut aider à mieux comprendre son évolution et à adapter l’intervention à ses besoins.
C’est l’un des concepts que le Département d’évaluation et de gestion des connaissances de la Fondation Santé et Communauté (FSC) réexamine dans le cadre de son travail, afin d’améliorer les variables recueillies et analysées dans les processus d’intervention. Le défi consiste d’abord à élargir le regard porté sur les stades du changement, pour qu’ils ne restent pas cantonnés aux seules addictions aux drogues. L’objectif est ainsi de pouvoir utiliser cette approche pour comprendre différents processus de changement susceptibles de se produire dans les services dirigés et gérés par FSC : le retour à l’autonomie, la sortie d’une situation de violence, la recherche d’un logement ou la modification de certains comportements.
Cette réflexion soulève aussi une question pratique : comment recueillir ces informations simplement, sans alourdir inutilement les entretiens ? Ces derniers mois, le Département d’évaluation et de gestion des connaissances de FSC a passé en revue différents outils utilisés pour évaluer les stades ou la disposition au changement, à la recherche de formules permettant d’obtenir des informations utiles en un minimum de temps. Dans cette démarche, il a étudié le passage d’instruments comme SOCRATES à URICA, puis à sa version courte, URICA-S. Cette dernière ramène le nombre d’items de 32 à 16, en conservant les quatre dimensions principales de l’instrument et en réduisant le temps nécessaire à sa passation.
Mais l’objectif va au-delà de la recherche d’un questionnaire plus court. L’un des axes de travail de FSC consiste à progresser vers des outils d’évaluation suffisamment brefs pour s’intégrer naturellement aux entretiens, en réservant les questionnaires plus longs aux cas où il faut approfondir. L’idée est que recueillir des informations sur une variable pertinente ne signifie pas nécessairement ajouter une nouvelle batterie de questions à un entretien déjà long.
Dans ce contexte, une proposition d’échelle très brève est en cours d’élaboration : à partir d’une série de descriptions simples, elle doit permettre au professionnel de situer la personne dans son processus de changement par rapport à un objectif précis. Cette proposition prévoit dix positions, plus précises que les cinq stades classiques du modèle, sans pour autant prétendre établir dix stades psychologiques différents. Il s’agit de positions sur un continuum de changement, qui permettent d’observer plus finement l’évolution d’une personne.
Cet axe de travail traduit l’une des priorités du Département d’évaluation et de gestion des connaissances de notre fondation : rendre l’évaluation toujours plus utile sans la rendre forcément plus complexe. Il s’agit d’identifier les informations réellement pertinentes, de passer en revue les outils disponibles et de les adapter aux caractéristiques des services et des personnes accompagnées.
La proposition est encore en cours d’élaboration et devra être mise à l’épreuve avant que l’on puisse juger de son utilité définitive. La prochaine étape prévue consiste à analyser la façon dont différents professionnels interprètent et appliquent les différentes positions, à repérer d’éventuelles difficultés et à ajuster les définitions avant de passer à de nouvelles phases d’évaluation.
En définitive, comprendre le processus de changement ne consiste pas seulement à savoir si une personne change ou non, mais à pouvoir identifier où elle en est, comment elle évolue et quelles circonstances peuvent faciliter ou freiner ce processus. Améliorer la manière de recueillir ces informations permet de continuer à progresser vers une évaluation plus précise, plus agile et plus proche de la réalité des interventions menées à FSC.




